Moi, Alexia, je suis trans

Un point c’est tout.

À vous,

Je voulais prendre le temps aujourd’hui de vous expliquer c’est quoi être moi. J’ai longtemps été pointé du doigt. On a ri quand je passais dans les corridors de mon école. Un jour, un gars m’a enfermé dans ma case. Semble-t-il que selon lui je ne méritais pas d’être libre dans l’aire des casiers… J’ai continué à être moi, tous les jours, année après année.

Mon père continuait de m’appeler Alexis. Un si beau nom selon ma mère. C’est vrai, c’est un beau nom… Mais ce n’est pas mon nom. Est-ce que tu aimerais qu’on t’appelle Jeanne ou Jean? C’est vrai que c’est beau! Mais quand ce n’est pas ton nom, c’est quand même bizarre…

Je m’appelle Alexia, mais tout le monde m’appelle Alexis. J’aime beaucoup la mode et les motocross. Chez nous, on parle toujours de motocross. Mes parents m’ont offert une moto à Noël; la grosse moto. Pour être certains que j’allais m’amuser assez pour ne pas penser à la mode.

Parfois, ils me permettent de leur parler. En fait, ils m’écoutent tout en souhaitant que ce désir me passe…. Mais comment ça pourrait passer? Comment je pourrais faire passer qui je suis?

Imagine-toi que demain matin tu te réveilles dans un corps qui n’est pas le tien. Que ton chum qui est couché près de toi t’appelle Jacques. Tu le connais. Il te blague… Il va arrêter. ARRÊTE! Appel moi Alice, vient on va se faire des crêpes… Bien non il t’annonce que tu n’aimes pas les crêpes. Que les hommes qui s’appelle Jacques mangent du pain doré.

Il t’amène à ton travail. Tu n’as jamais enseigné de ta vie. Tu détestes parler en public. Alice déteste les foules. Alice est fleuriste. Mais Jacques il est enseignant. Donc tu enseignes. Et tu vas aller chercher ton pain sans gluten à un marché bio que tu n’es même pas capable d’épeler le nom. Tu vas par la suite aller à tes cours de natation, toi qui as toujours détesté l’eau. Tu vas te coucher tard, très tard parce que Jacques il se couche tard. Mais Alice, elle se couche tôt. Par contre, on s’en fou d’Alice car Alice n’a jamais existé. Maintenant c’est Jacques. Ton chum a décidé un matin que tu allais être Jacques.

Fuck Alice.

Vous allez me dire que cette histoire est déconstruite, sans fondement. Que j’ai juste peté un plomb et que j’ai décidé d’écrire tout ce qui me passait par la tête… Et bien non. Ces Jacques, ces Alice, ces Alexis et Alexia de ce monde viennent me voir dans mon bureau. Ils viennent m’expliquer qui ils sont.

Est-ce que toi qui est né dans le bon corps on t’achale au quotidien pour savoir si tu as le droit de porter un rouge à lèvre ou faire couper tes cheveux? Est-ce qu’on va t’enfermer dans une case parce que ce matin tu t’es fait une couette et que tu as décidé de porter une robe? La réponse est probablement non. Garde en tête que certaines personnes doivent se battre dans leur quotidien pour se faire reconnaître.

Être trans, c’est pas simple. C’est pas un choix. C’est juste comme ça. Est-ce que c’est simple, non. Mais ça le serait drôlement plus si la société, les gens, seraient plus ouverts d’esprit.

Arrêtons de juger.
Soutenons-nous.
Catherine Allaire, T.S

 

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