Quand la suite tient à une bouteille de shampooing

C’est toujours l’histoire de ma sœur en peine d’amour. Je n’étais pas là depuis un moment, car je devais prendre soin de ma sœur. Elle était triste, à bout, désabusée; une vraie grosse peine. Je n’étais plus capable de la voir ainsi. Elle a prié pendant près d’un mois pour que son mari revienne. Elle avait espoir, tellement d’espoir. Mais, maintenant, nous le savons tous, qu’il ne reviendra pas. Tout ça à cause d’une simple bouteille de shampooing.

Tout a commencé un mardi, je suis arrivée chez ma sœur, elle était assise sur le divan à la même place que je l’avais laissé la veille.

« Allez hop ma pinotte, on fait nos bagages et je t’amène dans le sud. »

Elle se plaint, elle renifle, mais elle n’a pas le choix : en route pour la Jamaïque! Si notre cher Bob (Bob Marley, pour les moins intime) a pu trouver autant d’inspiration dans ce pays, ma sœur devrait y trouver son compte.

En route pour l’aéroport, je m’inquiète. Je ne suis pas certaine que les douaniers vont la laisser prendre l’avion. Je crois que ça fait plus de 3 semaines qu’elle n’a pas ressenti l’eau de la douche sur son corps… Une façon bien polie de dire que ma sœur n’est pas ben ben propre… Mais le vol s’est quand même bien déroulé. Je n’en revenais juste pas comment les gens avaient une tolérance envers ses pleurs. Pour de vrai, au bout de 15 minutes, j’étais prête à payer un surplus classe affaire pour pouvoir changer de place!

On arrive à la chambre et je dois me résoudre à parler à ma sœur. Il est hors de question qu’on vienne pleurer ensemble dans une chambre d’hôtel. Elle doit se reprendre. Elle me répond avec sa voix éraillée et ses yeux bouffis qu’elle va débuter par une douche et que par la suite on va se parler.

J’attends donc bien sagement la fin de la douche. Elle est longue, très longue… Je commence même à me sentir coupable de l’avoir forcée à venir… Je ne suis pas spécialiste des peines d’amour. Je ne sais pas quoi faire avec ça moi! Mais elle sort enfin en me disant :

« Simone, je pense que d’ici la fin du voyage, je vais savoir si mon homme va me revenir… Je pensais à ça dans la douche. La bouteille de shampooing elle est pleine. Quand elle sera vide, on retournera au Québec et s’il est revenu, ce sera pour de bon. Par contre, s’il est toujours absent, ce sera la fin. »

Du haut de toute ma NON compréhension du lien entre une bouteille de shampooing et la poursuite éventuelle de sa relation, je réponds un petit ok… Tsé un petit ok qui lui fait juste prendre conscience qu’elle n’est pas entrain de s’enfoncer dans l’enfer du délire…

J’ai passé un voyage de feu avec ma sœur. Je réalise même qu’à travers toutes ces années, on ne prenait plus le temps d’être ensemble. Juste d’être bien. Je dois même vous confier que j’ai arrêté de me laver les cheveux pour être certaine que la bouteille de shampooing ne se vide pas trop vite. Je ne voulais plus revenir… Ma sœur l’a vidé un dimanche soir, elle est sortie de la douche en me disant que c’était le temps. Que la bouteille voulait qu’on donne suite.

Elle est revenue chez elle. La maison était toujours vide. Elle a enlevé son alliance, elle a creusé un trou dans son jardin, elle l’a déposé à cet endroit et elle est allée à la pharmacie, s’acheter une nouvelle bouteille de shampooing.

 

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