L’accident

J’ai un enfant de deux mois. Souviens-toi, cet enfant tant attendu, qu’on a bercé dans nos rêves. Ça fait deux mois que cette belle petite princesse partage ma vie. Je me lève le matin pour elle, je me couche le soir à cause d’elle. Mais ce soir comme les autres, ma vie bascule. Il est 19 :00, je suis complètement vidée. Tsé vide comme une pile, ma manette a marche plus, même si je l’ouvre et que je change les piles de place en espérant que ça va changer quelque chose… Le rêve de la jolie maman maquillée et reposée n’existe pas ce soir là.

Je veux qu’elle dorme. Elle ne veut pas dormir. L’idée de me faire un café me prend. Là les mamans, vont comprendre… Se faire un café avec un bébé de deux mois ce n’est pas si facile. Bébé dans un bras, la suce dans la main, je tente de peser sur le bouton marche de ma machine à café. Vous riez, ça semble simple; je te mets au défi. J’y arrive, le café coule. Trop tard le lait et le sucre, j’aurai le temps à ma retraite de siroter un café sucré.

Petite princesse crise. Laisse faire ce café, je la berce. La chaise berçante marche pas. Je me lève, je la colle, je lui chante des chansons. Les chansons ne marchent pas. Je la couche sur le ventre (ben oui, j’ai couché mon bébé sur le ventre; ça fera partie d’une autre chronique). Le ventre ne marche pas. On va aller prendre une marche.

Le porte-bébé. Té où le porte bébé??? J’aurais dû acheter un porte-bébé préformé. Au lieu de ça je me ramasse avec un bout de tissus long de trois kilomètres. Là, il faut que je fasse le nœud. Le nœud si simple qu’on apprend dans les cours de portage. Ben ce soir là, mon nœud ressemble plus à un nœud appris chez les Jeanettes quand j’avais 7 ans. Pas grave, envoie princesse dedans. On part.

Ah non! Mon café, juste une petite gorgée. Cette gorgée essentielle qui fera en sorte que je ne m’endormirai pas en marchant sur le trottoir. Bébé dans l’écharpe, la tête collée sur ma poitrine qui me regarde avec un air qui dit enfin, je me calme et le café, cette fameuse gorgée. Demande-moi pas ce qui se passe, avec du recul je crois que c’est parce que je n’avais pas mis de sucre, j’échappe la tasse de café chaud directement sur le visage de bébé. Mon monde s’arrête.

Mon bébé est brun, je vois du sang. S’il y a quelque chose que tu ne veux pas voir sur ton enfant c’est du sang. Surtout si c’est toi qui l’a fait couler.

Je défais mon nœud de Jeannette, je pose mon bébé sur le divan et je crie. Son papa monte, il ne sait plus s’il doit me consoler ou consoler le bébé. J’ai comme deux fils qui se sont touchés. Et je te garantis que c’est deux gros fils.

Je viens de perdre mon diplôme de mère.

Mon chum, qui va demander le divorce c’est certain, prends le bébé, direction sainte-Justine. Pas un autre hôpital; l’hôpital spécialisé pour les enfants qui ont des parents insouciants. Je veux m’asseoir dans la valise; mon chum m’oblige de m’asseoir côté passager. Je ne le mérite pas. Si je pouvais courir attacher à une corde en arrière de l’auto, pour expier ma dépendance à la caféine, je le ferais.

On arrive à l’hôpital. Je me présente. Contacter la DPJ; je ne suis pas digne d’être mère. Ligature-moi sur le champ. L’infirmière regarde mon bébé qui n’a aucune séquelle. Elle me demande pour quelles raisons je suis là. Je lui explique tout en lui demandant où je dois signer une déchéance parentale. Elle rit. ‘’Ma petite madame, si vous saviez ce que j’ai fait à mes enfants par accident! Des accidents ça l’arrivent!’’ Ah non! Pas une autre mère comme moi. Elle en rie en plus. Pauvre enfant.

Cette soirée là, le médecin m’a laissé retourner chez nous, avec ma fille car elle n’avait pas de séquelles. J’attends toujours la protection de l’enfance après trois ans.  J’ai appris que des accidents; ça arrive. J’ai aussi appris qu’il faut toujours sucrer son café.

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