Debout, dans mon salon, un couteau me transperce le coeur. J’ai appris dans mes cours à l’Université, que nous ne pouvons mourir d’une peine d’amour. Et bien moi, Adèle Du Nord, je serai la première. Citez moi dans vos grands livres; je me meurs.

Installée dans mon sofa trois places, ce sofa dans lequel nous avons fait l’amour tant de fois, je cherche ton odeur et souhaiterais réentendre ta voix encore et encore. Je regarde mon cellulaire pour la centième fois ce soir. Tu ne me rappelleras pas. T’as été clair. Or, je ne peux supporter cette douleur. C’est clair pour toi que c’est fini, c’est clair pour moi que, ce soir, mon cœur cesse de battre.

C’est un cauchemar, je vais me réveiller!

Pour être certaine de ne rien manquer; je retourne tous les tiroirs à la recherche d’un vieux chandail que tu aurais oublié. Je ne peux m’y résoudre; il me faut te retrouver. Oui, oui, vous avez bien lu, moi Adèle Du Nord, à minuit le soir, j’embarque dans mon auto, direction : l’homme de ma vie. La route est très longue, j’écoute toutes les vieilles chansons d’amour qui parle d’amour retrouvé. Je suis pathétique, complètement pathétique. J’essaie de t’appeler. Tu ne réponds pas évidemment. Je ne veux pas entendre ce signe. Je le sais au fond de moi, tu m’attends et tu m’espères.

Stationnée à une rue de chez toi, je me regarde dans le rétroviseur. L’image que ce dernier me renvoie ne me ressemble pas. Trop de larmes aux yeux, trop de cernes, trop de sanglots étouffés. On repassera pour le maquillage, je dois retrouver l’homme de ma vie! Je marche, bref je cours, je tourne le coin de la rue. La scène que je vois ne me plait pas. Tu es assis dans ta voiture, avec une grande femme rousse.

C’est probablement sa sœur.

Adèle, il n’a pas de sœur.

Elle est probablement en couple.

Adèle, elle est beaucoup trop proche de sa bouche pour être en couple.

Ils s’embrassent. Mon cœur saigne.

Je n’ai pas toujours les meilleures idées.

Je cours vers l’auto et je saute, littéralement, sur le coffre de la voiture. Le bruit; une genre de mouette échouée. J’ai comme manqué mon coup de faire bonne impression.

Il regarde par son rétroviseur. Voyons, c’est quoi mon problème avec les rétroviseurs à soir? Il me voit, je le regarde avec un air de : « EN! Mais qu’est-ce que tu fais ici! ». Il sort du véhicule. Je regarde par terre, en fait, plus le coffre du véhicule car je suis toujours étalée de mon long sur la valise du char. Il me regarde avec un air de stupéfaction, semi perplexe, semi WTF?!. Je lance la première chose qui me vient en tête : « J’ai manqué d’air à la naissance ».

Voyons c’est quoi mon problème à soir, j’ai comme perdu toutes mes capacités intellectuelles. Ce n’est pas grave, je réessaie. «Qu’est-ce que tu fais de bon?!». Il me regarde, je sens dans son regard qu’il hésite entre appeler ma mère ou l’ambulance. C’est trop. Je ne peux plus supporter ce regard. Je le sers, très fort, un peu trop fort. Puis je me tourne et quitte cette scène désastreuse en espérant ne plus jamais revivre ce sentiment de honte. Il crie : «Je suis tellement désolé Adèle». T’inquiète, pas autant que moi…

Je suis bien éveillée là…

Je n’ai jamais eu de retour d’appel et il ne m’a jamais réécrit. J’ai mangé ma part de crème glacée pour les dix prochaines années et j’ai pleuré à ne plus me souvenir de mon nom. Regarder dans un rétroviseur me donne encore des frissons. La douleur s’apaise tranquillement. Je ne serai pas citée dans les grands livres. Je serai juste, une femme qui a vécu une peine d’amour.

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