Mon ami est venu chez nous la semaine passée. Le genre d’ami tout le temps bien habillé, toujours reposé, qui ne peut pas manger de fast-food. Il fait même pousser ses propres pousses de tournesol pour mettre dans sa salade. Son fromage, il l’achète à la fromagerie du coin après avoir fait trois boulangeries pour trouver son pain exempt de gluten. On a tous un ami comme ça. C’est l’ami aussi qui n’a pas d’enfant… Bref sa vie est simple.

Il arrive chez nous, regarde mon plancher, se permet de dire qu’il ne prendra pas la peine d’enlever ses souliers, et il s’installe sur le tabouret de l’îlot de la cuisine. Un peu à la hâte, j’enlève les bols de céréales et les peaux de bananes du déjeuner de mes filles et je passe un chiffon sur le comptoir. Il me regarde songeur… Un moment de silence s’installe. J’en profite pour le questionner sur sa nouvelle « date » qu’il a rencontré sur Tinder. La belle grande blonde… Il est évasif. Je le connais, il ne la reverra pas. Je fais tout pour ne pas croiser son regard qui laisse planer un doux mélange de désarroi et de jugement. Le regard que j’ai déjà vu dans les yeux de ma mère qui débarque par surprise un dimanche matin.

«Je vais t’offrir mon aide ma belle » me lance t’il. De quoi il parle? De l’aide pour quoi? Je gère… C’est comme évident.

Il rajoute : «Tu ne peux plus vivre comme ça. On prend la journée et on fait le ménage!»

Ben voyons! Vivre comment? En fait, c’est comme quoi son problème me dis-je en réalisant que j’ai encore de la confiture de ma toast sur le bord de la bouche. J’ajoute que je n’ai pas besoin d’aide, que je contrôle le tout. Je me lève et je ferme les portes des chambres… Je ferme les portes… Comme si en fermant les portes, le bordel des chambres n’existe plus. Comme si, ce soir ma fille va être capable de se rendre à son lit sans se blesser sur un des nombreux jouets qui trainent par terre. Un enfant qui se blesse, ce sera pour une autre chronique…

Je ferme les portes

Je dois me soumettre. Le ménage des chambres ne se fera plus. C’est comme impossible pour une maman de deux enfants qui travaille à temps plein. Il faut tout simplement que je me résigne. Si le geste de fermer une porte me permet de profiter de mon samedi après-midi avec mes enfants pour aller au parc ou aller manger une crème glacée… Est-ce que c’est ça faire de l’ignorance intentionnelle? Ou est-ce juste une simple excuse qui cache quelque chose de plus profond chez moi? Serait-ce le début d’une mauvaise habitude qui va s’étendre jusqu’à ma retraite? Vais-je encore être en mesure de faire le ménage de ma chambre quand je serai placée dans une résidence? Ou je vais aimer mieux fermer ma porte et aller au parc avec mes petits-enfants?

Et toi, qu’elle porte fermes-tu?

2 Comments
  • Jos
    Posted 11/26/2018

    C’est ok mais j aime mieux écrit sur un bureau avec de la poussière JE TAimes que l écrire sur une Pierre tombale

    • Catherine Allaire
      Posted 12/04/2018

      Tu as bien raison cher Jos. Il faut prendre le temps de vivre

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